Comment fonctionne le cercle littéraire ?

Ce cercle littéraire est un prétexte pour réunir les amoureux de l'Italie et passionnés de livres.

Ces rencontres mensuelles se tiennent le 1er lundi de chaque mois à 19 heures à la librairie L’Escampette,10 rue des Cordeliers à Pau. 

A chaque fin de séance, un petit encas est partagé entre tous les participants. 

CERCLE LITTERAIRE - LES AUTEURS PROPOSES POUR LE 1ER TRIMESTRE 2020

Lundi 6 Janvier 2020 : Paolo RUMIZ

Lundi 3 Février 2020 : Fabio GENOVESI

Lundi 9 Mars 2020 : Elisabetta RASY (2eme lundi du mois à cause des congés scolaires)

Paolo Rumiz

Paolo Rumiz, né à Trieste en 1947, est considéré comme un des plus grands écrivains italiens contemporains. Journaliste vedette à La Repubblica, il arpente l’Europe dont il a parcouru toutes les frontières, de l’Arctique à la mer Noire.

Reporter de guerre, il a traversé les Balkans. Ecrivain voyageur il a franchi les montagnes à la recherche d’Hannibal, descendu le cours du Pô…

 Paolo Rumiz est l’auteur d’une douzaine de livres, tous best-sellers mondiaux, parmi lesquels : « Aux frontières de l’Europe », « L’ombre d’Hannibal », « Pô, le roman d’un fleuve », « Le phare voyage immobile », et le dernier paru « Via Appia »

Fabio Genovesi

Né à Forte dei Marmi, en Toscane en 1974, après un premier roman "Versilia Rock City", des articles de cinéma et de théâtre, des reportages pour des revues musicales, des traductions, Fabio Genovesi publie son roman "Appâts vivants", traduit dans neuf pays. "D’où viennent les vagues" a reçu en Italie le prix Strega des lycéens.

Son dernier roman traduit est « Là où l’on n’a pas pied »

Elisabetta Rasy

Née à  Rome en 1947, Elisabetta Rasy est un écrivain  italien.
Elle se consacre à la littérature féminine et féministe, et a écrit plusieurs ouvrages de fiction, parfois avec des passages autobiographiques. Ses œuvres sont traduites en plusieurs langues. Elle est la mère du poète Carlo Carabba.
Elle a fondé avec Pier Vittorio Tondelli, Jay McInerney et Alain Elkann la revue Panta, et collaboré avec des journaux tels que La Stampa, Panorama, l'hebdomadaire Sette du Corriere della Sera.
Parmi ses livres on peut citer :

« La première extase », « La fin de la bataille », « Pausilippe », «  La science des adieux « , « Un hiver à Rome »

CERCLE LITTERAIRE - CE QUI A ETE LU EN 2019

lundi 7 octobre 2019 :  Paolo COGNETTI 

lundi 4 novembre 2019 : Antonio TABUCCHI

lundi 2 décembre 2019 : Elio VITTORINI

lundi 7 octobre 2019 : Paolo COGNETTI

Paolo Cognetti est né à Milan en 1978

Après avoir suivi des études de mathématiques, abandonnée très vite, il s’inscrit à la Civica Scuola di Cinema, dont il est diplômé en 1999.

 Il créé, avec Giorgio Carella, une société de production indépendante (CameraCar).
Il débute l'écriture en 2004 avec "La qualità dell'aria".

4 de ses livres ont été traduits en français :

« Sofia s’habille toujours en noir »

« Le garçon sauvage »

« Les 8 montagnes »

« Sans jamais atteindre le sommet »

PHOTO SEANCE D'OCTOBRE 2019

15 personnes présentent pour ce premier échange sur les livres de Paolo COGNETTI 

Voir ci-dessous les 4 livres (entre autre autres) lus pour la séance. 

CERCLE LITTERAIRE

Les quelques livres d'Antonio Tabucchi qui ont été lu.....

  • Depuis le jour de sa naissance, la vie est une guerre pour Sofia. Une guerre qu’elle mène contre ses proches, contre le monde entier. Inquiète, excentrique, débordante, insaisissable, Sofia est toujours habillée en noir. Et son humeur aussi. Pourtant elle fascine tous ceux qui l’approchent. De Milan à Brooklyn, leurs paroles dessinent le portrait de cette rebelle et, en filigrane, celui d’une société qui depuis la fin des années 70 cherche ses repères. De gentils ghettos résidentiels s’installent en bordure des villes, la politique perd de son aura, la liberté individuelle est le nouveau Graal... Mais Sofia, fille unique de la bourgeoisie ordinaire, trace son chemin. Résolument.

  • Le Garçon sauvage commence sur un hiver particulier : Paolo Cognetti, 30 ans, étouffe dans sa vie milanaise et ne parvient plus à écrire. Pour retrouver de l’air, il part vivre un été dans le Val d’Aoste. Là, il parcourt les sommets, suspendu entre l’enfance et l’âge adulte, renouant avec la liberté et l’inspiration. Il plonge au cœur de la vie sauvage qui peuple encore la montagne, découvre l’isolement des sommets, avant d’entamer sa désalpe, réconcilié avec l’existence. Néanmoins, ce séjour initiatique ne parvient pas à l’affranchir totalement du genre humain : « je pourrais me libérer de tout, sauf de la solitude. »

  • Pietro est un enfant de la ville. L’été de ses onze ans, ses parents louent une maison à Grana, au cœur du val d’Aoste. Là-bas, il se lie d’amitié avec Bruno, un vacher de son âge. Tous deux parcourent inlassablement les alpages, forêts et chemins escarpés. Dans cette nature sauvage, le garçon découvre également une autre facette de son père qui, d’habitude taciturne et colérique, devient attentionné et se révèle un montagnard passionné.

    Vingt ans plus tard, le jeune homme reviendra à Grana pour y trouver refuge et tenter de se réconcilier avec son passé.

    Hymne à l’amitié, histoire familiale, ce texte splendide nous fait aussi et surtout ressentir la force de la montagne, personnage à part entière, capable de bousculer des existences et de transformer des êtres.

"J'ai fini par y aller vraiment, dans l'Himalaya. Non pour escalader les sommets, comme j'en rêvais enfant, mais pour explorer les vallées. Je voulais voir si, quelque part sur terre, il existait encore une montagne intègre, la voir de mes yeux avant qu'elle ne disparaisse. J'ai quitté les Alpes abandonnées et urbanisées et j'ai atterri dans le coin le plus reculé du Népal, un petit Tibet qui survit à l'ombre du grand, aujourd'hui perdu. J'ai parcouru 300 kilomètres à pied et franchi huit cols à plus de 5 000 mètres, sans atteindre aucun sommet. J'avais, pour me tenir compagnie, un livre culte, un chien rencontré sur la route, des amis : au retour, il me restait les amis". Paolo Cognetti Traduit de l'italien par Anita Rochedy

lundi 4 novembre 2019 : Antonio TABUCCHI

Il est né Vecchiano (Pise) , le 23 septembre 1943 et est mort à  Lisbonne , le 25 mars 2012
C’est un écrivain italien, traducteur et passeur de l'œuvre de Fernando Pessoa en italien.

Durant ses études de littérature, il voyage en Europe et découvre Fernando Pessoa en lisant la traduction française du "Bureau de tabac". Son admiration l’amène à découvrir la langue et la culture du Portugal, pays qui deviendra sa deuxième patrie. Il poursuit des études de littérature portugaise à l’université de Sienne et rédige une thèse sur le "Surréalisme au Portugal". Il traduit l’œuvre de Pessoa dans son intégralité en italien, avec sa femme, Marie-José de Lancastre, rencontrée au Portugal.

De 1987 à 1990, Antonio Tabucchi dirige l’Institut culturel italien à Lisbonne. La ville servira de cadre à plusieurs de ses romans. Il partage sa vie entre Lisbonne, Pise, Florence, voire Paris, et continue d’enseigner la littérature portugaise à l’université de Sienne. Il a beaucoup voyagé de par le monde (Brésil, Inde…). Ses livres sont traduits dans une vingtaine de langues. Plusieurs de ses livres ont été adaptés au cinéma (Nocturne indien, par Alain Corneau), ou au théâtre (Le Jeu de l'envers, par Daniel Zerki).
Tabucchi succombe à un cancer à l'Hôpital de la Croix Rouge à Lisbonne, à l'âge de 68 ans.

Parmi ses livres les plus connus, on cite : "La Tête perdue de Damasceno Monteiro", "Nocturne indien", "Pereira prétend", "Piazza d'Italia", "Requiem".

Les quelques livres d'Antonio Tabucchi qui ont été lus.....

  • " Mais comment s'y prend-il donc, Tabucchi, pour envoûter à ce point ? Pour faire croire au lecteur que c'est pour lui qu'il est en train d'échafauder son indéfinissable récit, ces histoires immédiates et poignantes dont on ne saurait dire le début et qui n'ont pas non plus de vraie fin, sauf celle que chacun leur donnera ? On aura beau tourner et retourner chaque image, décortiquer les mots ; ils ne dévoileront rien d'autre que ce que l'on y avait déjà perçu : une succession de fissures qui portent vers l'incertitude. Mais aussi vers un intense et absolu bonheur de lecture." Cella Minart, La Croix.

  • "Pense aux bouteilles en plastique, celles d'eau minérale, la bouteille a un sens tant qu'elle est pleine d'eau, mais quand tu l'as bue tu peux la ratatiner sur elle-même et puis tu la jettes, voilà ce qui m'est arrivé, le temps s'est pour moi ratatiné, un peu aussi les vertèbres, si je puis le dire comme ça..."
    En neuf récits, Antonio Tabucchi sonde la mémoire de ses personnages confrontés au travail du temps. Celui qui ressurgit soudain dans les plis du présent, et qui nous fait prendre conscience de nos ambiguïtés et de nos contradictions. Un ancien agent secret, jadis chargé de surveiller Bertolt Brecht, déambule dans Berlin, désormais sans objectif, en pensant à la femme aimée et disparue. Un ex-officier malade, en vacances au bord de la mer, parle des mésententes existentielles avec une petite fille singulière tout en lui apprenant à lire l'avenir dans les nuages. Une vieille femme à l'hôpital tente de léguer au neveu qu'elle a élevé des souvenirs d'avant le début de la mémoire... Sensible aux récents bouleversements de l'Histoire, l'écrivain italien inscrit ces récits dans l'espace-temps d'un Occident aux prises avec le décalage des temps, comme si les aiguilles de l'horloge de notre conscience indiquaient une autre heure que celle de la réalité.

  • « Je parlais des corps, dis-je, peut-être sont-ils comme des valises, nous y transportons nous-mêmes. »

    Ce livre pourrait servir de guide aux amateurs de parcours incongrus. Car il y a quelque chose d’insensé dans la recherche obstinée d’un ami disparu dans une Inde tour à tour inquiétante, hallucinée et fascinante, où l’on croise des devins dans l’autobus, des prostituées ou encore des jésuites portugais. Mais de rencontres paradoxales en coïncidences mystérieuses, des chambres d’hôtel miséreuses de Bombay aux luxueux resorts de Goa, une logique singulière se révèle dans l’obscurité de la nuit.

  • " Piazza d'Italia, paru en 1975, est le premier roman d'Antonio Tabucchi. Un récit enlevé et brillant que le romancier aime à qualifier de " conte populaire " et qui retrace, à travers l'épopée tragi-comique d'une humble famille toscane suivie durant trois générations, une histoire de l'Italie, des Chemises rouges de Garibaldi à la défaite des chemises noires de Mussolini. On ose qualifier Piazza d'Italia d'ouvrage de jeunesse, tant sont déjà présentes, dans cette succession de petits tableaux drôles ou tendres, la virtuosité de construction, la finesse d'esprit, l'élégance stylistique de l'auteur de Nocturne indien. "

  • Dans une maison de campagne de l'Alentejo, un homme assoupi sous un arbre est gagné par une longue hallucination qui va le transporter à Lisbonne et ses environs pendant douze heures, de midi à minuit. C'est un dimanche torride, le dernier de juillet. Dès lors, les personnages du présent croisent les fantômes du passé, les morts et les vivants dialoguent entre eux, le rêve et la réalité se confondent, dans une longue errance à travers Lisbonne qui tient autant du hasard que de la nécessité, jusqu'au repas nocturne dans un restaurant postmoderne avec un Commandeur qui pourrait bien être Fernando Pessoa. Ecrit en portugais, Requiem est un roman de la nostalgie, du remords : on y boit et on y mange beaucoup, on y a peur et on y rit, dans une fantaisie portée par une splendide liberté de ton et qui est aussi un magnifique hommage à la littérature et à une ville, Lisbonne.

"Comment, tu n'es pas au courant ? Ils ont massacré un homme de l'Alentejo sur sa charrette, il y a des grèves, ici en ville et ailleurs, mais dans quel monde vis-tu, toi qui travailles dans un journal ? " Lisbonne, 1938. Dans l'atmosphère du Portugal d'avant-guerre, dans une ville terrassée par la chaleur, Pereira va prendre conscience du monde qui l'entoure. Journaliste en mal d'inspiration, c'est en cherchant une idée pour rédiger la page culturelle du journal le Lisboa qu'il prend connaissance d'un article philosophique signé d'un certain Francesco Monteiro Rossi. Ce jeune homme que Pereira rencontre le soir même s'avère être un révolutionnaire, fervent antifasciste... Cette rencontre fait bientôt prendre à la vie de Pereira un tour inattendu, qu'il était lui-même loin de pouvoir prévoir...
Raconté comme la retranscription d'une déposition - celle du personnage principal -, l'histoire de Pereira est celle d'un homme ordinaire que la peur, l'inertie et l'oppression ont endormi. Antonio Tabucchi dresse ici le portrait d'un individu en passe de n'écouter que les "raisons du cœur" - un cœur malade pourtant - qui le pousseront, petit à petit, à lutter contre le règne des despotes. D'une écriture qui semble nier l'engagement sentimental de l'auteur pour son personnage, Antonio Tabucchi se joue de nos émotions avec le destin de cet homme fragile, indécis mais vivant. --Hector Chavez

Une maison de campagne quelque part en Toscane. Un mois d'août caniculaire de la dernière année du vingtième siècle. Tristano, un homme qui a combattu pour la liberté de son pays sous ce nom emprunté à un personnage de Leopardi, fait venir à son chevet un écrivain qui, apparemment, s'est inspiré de lui autrefois pour un roman. Mais est-il possible d'inscrire dans le cadre d'un récit la géométrie ambiguë de la vie, faite de contradictions, de doutes, d'omissions, de désirs inaccomplis, de souvenirs faux ou présumés ? Le destin personnel d'un héros comme Tristano, chargé d'espoir et de désespoir, de générosité et d'amertume, peut d'ailleurs tenir à des nuances imperceptibles : un centimètre à gauche ou à droite dans le viseur d'un fusil...Qu'est-ce que l'héroïsme ? Qu'est-ce que la lâcheté ? Et le courage ? Et la trahison ? Au cours de son agonie, tenaillé par la gangrène et les céphalées, en proie aux effets de la morphine qu'on lui administre, Tristano recompose un incernable passé et brosse la fresque de soixante ans d'histoire de l'Italie, avec ses tragédies et ses simulacres, jusqu'à l'irruption du dernier avatar tyrannique, le dingodingue télévisuel.Dans ce roman à la fois testamentaire et visionnaire, parfois halluciné, et souvent d'une inquiétante drôlerie, des motifs reviennent, en variations, des femmes se superposent ou entrent en collision, et toute certitude est finalement congédiée dans une scène abyssale qui redistribue les cartes et plonge le lecteur dans une profonde interrogation sur ce qui fait une vie et sur la possibilité de la raconter. Car une question traverse tout le livre : qui témoigne pour le témoin ?

lundi 2 décembre 2019 : Elio VITTORINI

Elio Vittorini était un romancier italien, né le 23 juillet 1908 à Syracuse, en Sicile, et mort le 12 février 1966 à Milan.

Après des études techniques, Elio Vittorini travaille sur un chantier en Vénétie, puis demeure à Florence où il entre en contact avec le groupe littéraire d'Alberto Carocci et avec la revue Solaria, laboratoire de poésie hermétique et du nouveau roman. Il publie dans la revue Letteratura sa "Conversation en Sicile" de 1938 à 1939.
Dès 1940, Vittorini entre dans la résistance antifasciste qu'il décrira dans "Les Hommes et les Autres" en 1945. Il sera quelque temps directeur du quotidien communiste L'Unità après la guerre, en même temps que directeur littéraire des éditions Einaudi de Turin.
Il fonde la revue Politecnico et se consacrera dès lors à ses activités éditoriales, délaissant le roman, créant notamment la collection Menabo. Il sera également traducteur de l'œuvre de William Faulkner et de John Steinbeck.

Il laisse une œuvre peu abondante, marquée par sa volonté d'y décrire les événements auxquels il prit part, privilégiant l'action et le dialogue.

Ce livre a une histoire. Vittorini était âgé de vingt-quatre ans lorsqu'il commença, en 1933, de l'écrire et il en avait à peine rédigé la moitié que la revue Solaria, de Florence, en entreprenait la publication. Le troisième feuilleton ayant provoqué la saisie de la revue, les suivants ne purent paraître que profondément mutilés par la censure préalable. La publication en revue achevée, Vittorini réécrivit toutes les parties du roman altérées par la censure, en vue de l'édition du roman en volume. Travail de révision double, car, s'il visait à restituer au livre le langage et le ton qui lui étaient propres, il tenait compte aussi, bien entendu, des interdits manifestés par la censure. C'est ce troisième état du manuscrit qui fut soumis à l'examen des autorités de Rome. Des années passèrent, et Vittorini venait d'écrire son œuvre majeure, Conversation en Sicile, et ne se souciait plus de L'œillet rouge, lorsque, en 1938, le manuscrit lui revint
accompagné d'une interdiction définitive. II ne devait finalement paraître en volume dans cette troisième version, que l'auteur, alors âgé de quarante ans, se refusa à juste titre à retoucher encore une fois, qu'en 1948. Vittorini le faisait suivre d'une longue postface qui nous livre, outre l'histoire et la critique de ce livre, son art poétique personnel.
Si l'auteur se montre, dans cette postface, relativement sévère pour ce roman de jeunesse, c'est sans doute qu'il pense avoir trouvé avec la prose lyrique et les incantations de Conversation en Sicile son style définitif. L'œillet rouge, à son jugement, ne serait pas un «vrai livre», mais plutôt un «document» et précisément un document sur «l'attirance qu'un mouvement fasciste peut exercer [...] sur les jeunes». Le lecteur d'aujourd'hui peut à l'inverse y trouver, sous la surcharge des différentes techniques d'écriture mises en œuvre (où d'ailleurs se rencontre déjà celle qui régnera sur Conversation), à travers l'exubérance juvénile des épisodes, une passionnante éducation sentimentale et politique, qui tient à la fois du roman d'aventures et du roman de formation (et même du conte initiatique : voir la rencontre du jeune héros avec la «femme de mauvaise vie» Zobeida dans la maison de tolérance). Il s'agit en vérité de l'un de ces livres rares et précieux que certains grands écrivains n'auront pu écrire que dans leur jeune âge, au moment où le génie impersonnel de la jeunesse les guide encore autant ou plus que ce qui était voué à se dégager plus tard en eux comme leur génie propre.

  • Un voyage peut n'être qu'un vice. Il peut n'être qu'une évasion.Alors que l'invitation que j'adresse à mon lecteur vise aussi à une expérience intérieure.
    Sardaigne comme enfance, tel est le titre italien et son refrain. Ce qui revient à rappeler que nous ne sommes pas nés pour rester enfants. On en sent l'odeur dans l'air : l'odeur du soleil. C'est du feu pur, privé de toute l'âcreté du combustible. Et de pierre sèche. Mais de bruyère aussi. Et de peaux de serpents. Odeur de Sardaigne...

  • Dans une famille ouvrière italienne réduite au chômage, le grand-père, un colosse qui a travaillé aux tunnels du Simplon et du Fréjus, mange trop. On le surnomme «l'Éléphant». Un jour, un terrassier vient partager le repas de ces gens si pauvres. Il offre des anchois et du vin. Il admire les enfants qui «font semblant» de manger, afin de savoir s'y prendre décemment le jour où ils auront à manger. Il raconte au grand-père comment les éléphants, quand ils sont vieux, s'écartent pour mourir. Puis il s'en va. Quelques jours après, à l'aube, le grand-père quitte la maison.
    Une poésie amère habite ce roman de la faim et de la misère des humbles, mais aussi de leur fierté.

Ces nouvelles, toutes inédites en langue française, ont été traduites par Marie Fabre, professeure passionnée de littérature et de langue italiennes. L’organisation tripartite de ce recueil est en phase avec l’évolution intellectuelle, politique et littéraire d’Elio Vittorini, un des écrivains majeurs de son temps. Un écrivain majeur non pas tant par l’importance de sa production littéraire, quantitativement limitée, que par l’incidence qu’a eue cette production sur le monde des lettres italien. Un bouleversement qui va notamment conduire à l’avènement du « néo-réalisme ».
Renommé pour sa « double vocation » de créateur littéraire et d’éditeur, Elio Vittorini est un écrivain profondément engagé. Tout son travail rend compte de cet engagement, autant par la forme que prennent les nouvelles que par le fond qu’elles abordent. Elio Vittorini, grand admirateur et passeur des romanciers américains — Faulkner, Steinbeck, Caldwell, Saroyan —, suit de près les événements auxquels il prend directement part et qu’il fait vivre par le dialogue.
L’Italie que donne à voir Vittorini dans ces nouvelles s’inscrit dans une période houleuse de l’histoire du XXe siècle, marquée par l’accession au pouvoir de Mussolini, avec en contrepoids les engagements antifascistes (guerre et résistance). Un parcours que l’on retrouve dans Conversation en Sicile (1938-1939). Parcours qui s’accompagne de questionnements, pris sur le vif des rencontres et des échanges. De l’individu au groupe. « Le thème de fond de Vittorini, c’est toujours cette zone difficile du "commun" ou de "la réunion", rêve d’une dimension où viendrait se briser la solitude ».

  • Je pourrais découvrir comment il y a, dans les plus délicats rapports entre les hommes, une continuelle pratique de fascisme, où celui qui impose croit seulement aimer et celui qui subit croit, en subissant, faire tout juste le minimum, pour ne pas offenser. Je pourrais peut-être montrer comment il y a, dans cela, la plus subtile, mais aussi la plus cruelle, des tyrannies, et la plus inextricable des servitudes ; lesquelles, toutes les deux, tant qu'on les admettra, pousseront à admettre toutes les autres tyrannies et toutes les autres servitudes des hommes pris séparément, des classes et des peuples entre eux. " Uomini e no, le titre italien de ce roman, signifie que nous, les hommes, pouvons aussi être des " non-hommes ". Il vise à rappeler qu'il y a, en l'homme, de nombreuses possibilités inhumaines. Récit de résistance où les communistes s'opposent aux nazis et aux fascistes, Les hommes et les autres est à la fois un roman engagé et un texte expérimental et poétique. Il pose la question de l'humaine inhumanité et de la barbarie, mais aussi et surtout celle, incertaine, de l'engagement littéraire.

  • Conversation en Sicile, publié en 1938, en plein fascisme, et interdit peu. après, est devenu un classique de la littérature italienne. Bien plus, il a renouvelé toute une sensibilité.
    C'est le récit d'un retour dans la vieille ville méditerranéenne et l'on y voit comment les exigences, même essentielles, de la vie humaine, pâtissent d'un climat de tyrannie. Se réfugier en la « mère », se restreindre aux besoins et aux satisfactions les plus élémentaires, ne met à l'abri d'aucun des sentiments insidieux que fait naître en nous l'oppression.
    Conversation en Sicile a redonné force et vie à des exigences qui passent de loin les limites de l'histoire littéraire.

Autres dates à prévoir pour 2020

6 janvier 2020

3 février 2020

9 mars 2020 (deuxième lundi du mois à cause des congés scolaires)

6 avril 2020

4 mai 2020

8 juin 2020